Le coiffeur de la lonase
Médina, Boulevard du Docteur Samba Gueye...
Lecteurs et lectrices, soyez salués !
«La curiosité est autant parente de l'attention que l'attention l'est de la mémoire.» Richard Whately.
Au secondaire, je n’aimais pas du tout la philosophie. Les heures de « cogito ergo sum » pour moi c’était de la torture mentale. Les philosophes n’étaient à mes yeux que des vieux fous, qui perdaient leur temps à penser à la place des autres. Cependant, ces savants aux cheveux blancs ont toujours su me séduire par la profondeur de leurs phrases. Une ligne qui dit tout dans la juste mesure et vous surprend par la même occasion. Sauf que je suis de ceux qui pensent qu’il n’y a pas plus profond que les saintes écritures. Versets ou sourates peu importe, l’essentiel reste la foi en ce que l’on feuillète.
En parlant de croyance, cette semaine des milliers de musulmans à travers le monde célébraient la naissance du prophète Muhammad (PSL).
Mercredi, 21h. Je marche sur la corniche-ouest, à la recherche d’une idée qui viendrait avec les vents marins et une foule de gens attire mon regard. La grande mosquée sur l’avenue Malick Sy se remplit à vue d’œil, et ses abords sont peuplés de petits commerces ambulants. Des vendeurs de fruits, des cafetières sur 3 roues et des sandwicheries comme on les aime. Les beaux ensembles défilent et les gilets des photographes courent développer les pellicules, afin de satisfaire cette clientèle, qui tient à conserver une image du moment. C’est le gamou et c’est la 1ère fois que je m’en approche d’aussi près. Quelques minutes plus loin, je pousse la porte d’un glacier histoire de découvrir ses parfums. Ma déception est telle que je quitte leur Ice Cream. Je n’en dirais pas plus, peut-être qu’un inspecteur de l’hygiène me lit en ce moment …
Vendredi, sur la rue 6. Je cherche ma dose de café. Une fois trouvée, la boisson ne se fait pas prier pour descendre les parois de mon gosier. A cet instant, sirotant ma kaas et regardant la rue avec un angle de 180°, j’aperçois ce coiffeur que je n’avais jamais remarqué.

Médina, Boulevard du Docteur Samba Gueye
Je trouve ma tête encore présentable
Le client sur la chaise se lève, se mire et paye
Un car rapide stationne. Il est 18h24
A première vue c’est un coiffeur ordinaire
Tondeuses, peignes et blaireaux de rasage
Sauf ce cordon blanc qui lui donne la lumière
Et va se perdre entre des branchages
Pas de télé qui tutoie le plafond
Juste la rue sur laquelle la vie court
Dans la radio l’Ethiopie et le Burkina s’affrontent
94 Fm « radio Youssou Ndour »
Mohammed, est un jeune guinéen
Je le devine à son fort accent
Je l’observe et ne lui dis encore rien
Puis il me jette un air méfiant
Normal, je ne suis pas du quartier
Je tiens un grand bloc-notes
Je n’ai toujours pas fini mon café
Et entre deux inspirations je sursaute
Puis je me rapproche du kiosque désaffecté
Avec toujours un œil sur la table
Un léger rideau essaie de cacher
Le siège de bureau réglable
Des emballages de lames par terre
Les éponges bleues émincées
Le système « D » c’est aussi osé faire
Ce que d’autres ne sauraient accepter
Son miroir s’appuie sur un mur décrépis
Je teste une de ses brosses à cheveux
Je me dis qu’il pratique les mêmes prix
Et peut-être même qu’il coiffe mieux
Mais ma vie de rat de labo prend vite fin
Quand Nabou arrive dans les parages
Nabou c’est l’appareil photo féminin
Qui cette fois colorise mes paragraphes
Elle shoote, zoome et apprécie
Mohammed assis, est moins inquiet
Pendant ce temps le jour rétrécit
Encore une dernière et ça y est !
Puis, la cabine bleue recule
Elle sera scotchée au même endroit demain soir
D’autres comme lui pullulent
Je ne m’autorisais peut-être pas à les voir…
Un brin de curiosité m’a permis de découvrir trois moyens de s’approprier un espace. Le 1er est la religion, pour le 2nd je dirais l’instinct de survie et le dernier l’art avec cette œuvre de Docta (toujours sur la rue 6).

J’en suis à la conclusion de ce billet et je me dis que quelque part Blaise Pascal avait raison en disant : « Curiosité n’est que vanité. Le plus souvent, on ne veut savoir que pour en parler. »
Slamicalement Vôtre.










Commentaires (0)